Chroniques de l’Ancien monde

Avec Des Princes et des gens et Passeport diplomatique, Pierre-René Lemas et Gérard Araud livrent, chacun, le témoignage d’une vie passée au service de l’État. La plume a l’élégance du cygne sillant : celle d’une pratique qui, à force d’habitude, invisibilise l’effort.

Le propos est clair et le message limpide :

– Au premier des auteurs, ancien préfet et secrétaire général de l’Élysée, la politique intérieure ;

– Au second, ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis et en Israël, les Relations extérieures.

C’est le portrait d’un pays multiple et fragmenté que trace le Préfet Lemas :

– Celui de la France des territoires où vivent « ceux de Quelque-Part » qui expérimentent la décentralisation et subissent les affres de la désindustrialisation ;

– Celui de la France des quartiers où se côtoient ceux qui espèrent et ceux qui désespèrent de la méritocratie républicaine ;

– Celui de la France des décideurs et de son entregent où les hauts-fonctionnaires deviennent banquiers et les grands patrons, ministres.

C’est le tableau d’un État au sein du concert, souvent dissonant, des nations que peint l’Ambassadeur Araud :

– Celui d’une diplomatie bousculée par les technologies numériques ;

– Celui d’une diplomatie s’adaptant aux velléités politiques ;

– Celui d’une diplomatie déçue des structures supranationales.

Une lecture croisée de ces deux ouvrages dessine en creux une chronique de l’Ancien Monde. Dans un style administratif mâtiné d’éducation classique, les auteurs dépeignent une époque d’apparence lointaine au cours de laquelle la lumière ne portait que sur ceux qu’il convenait d’éclairer. Un âge où la question humaine semblait moins paramétrique et où l’économie n’était qu’un facteur de décision.

Pourtant point d’angélisme, de naïveté ni même de nostalgie chez ces agents de la haute administration : s’ils peuvent regretter la fin, budgétairement contrainte, d’une certaine idée du modèle social Français et de son positionnement, parfois atypique, à l’international, ils sont loin de céder à la morosité ambiante et saluent, chacun dans son domaine respectif, la grande capacité de résilience démocratique de la France.